Une fourmilière « évoluée » pour Messor barbarus

Avant de commencer, voici une petite vidéo illustrant le concept de cette fourmilière et la colonie de messors en pleine activité de récolte de graines de pissenlit.

Attention, tout d’abord, je déconseille aux « débutants » en élevage de fourmis de se lancer dans une telle construction ! Car ce n’est pas évident, il faut déjà avoir moulé plusieurs fois des choses en plâtre pour suffisamment bien maîtriser cette technique.

De plus, comme je le précise dans cet article, on ne construit une fourmilière pour sa colonie que lorsque celle-ci atteint un effectif significatif. Par exemple : lorsque la colonie remplit complètement un tube d’élevage on peut considérer que c’est déjà une belle colonie. Sans quoi les fourmis auront du mal à s’installer et à coloniser le nid qui leur paraitra « surdimensionné ».

INTRO

Les Messor barbarus ou « fourmis moissonneuses » sont très communes dans tous le grand sud de la France. Elles sont spécialisées dans le ramassage des graines. Certains ont fait leur connaissance en semant un gazon à la belle saison alors qu’une colonie de messors se trouvait à proximité : en une nuit elles peuvent ramasser toutes les graines de gazon !

Lorsqu’elle est bien établie, la colonie construit de véritables autoroutes à fourmis entre l’entrée du nid et la zone de récolte. On les rencontre aussi sur les terrasses où elles guettent fréquemment la moindre miette qui tombe. Les multiples entrées/sorties du nid sont facilement identifiable car elles forment souvent des petits dômes issus des déchets (restes de graines) déposées là par les ouvrières.

messor_barbarus_myrmecofourmis

http://www.myrmecofourmis.com/fiches/673364

 

La difficulté principale avec l’élevage des messors est leur besoin « double » en humidité. En effet, dans la nature les messors construisent des nids très profonds sous forme de tunnels et de chambres pouvant atteindre plusieurs mètres de profondeur. Cela leur permet de créer des loges et des greniers à des températures et des hygrométries différentes.

En résumé, en captivité il leur faut :

  • un coin plutôt sec pour y stocker leurs graines (pour éviter qu’elles ne s’abîment ou ne germent).
  • un coin humide pour que la reine s’y installe et que les ouvrières y stockent et s’occupent du couvain.

Comme dit plus haut, tant qu’une colonie présente un faible effectif, je la conserve en tube à essai. Pour les messors, il est même possible de leur offrir deux tubes :

  • un tube avec réserve d’eau
  • un tube sec

Dans ce cas elles vivent naturellement dans le tube humide et stockent alors leurs graines dans le tube sec. Ça démontre clairement leurs besoins !

OBJECTIF

Lorsque la colonie devient populeuse, c’est à dire à l’étroit dans son tube à essai, on peut penser à lui construire une fourmilière. Donc le but pour les messors : construire un nid qui permet d’avoir une zone humide et une autre bien sèche. Et j’ai ajouté dans le challenge de faire un nid « pédagogique » pour les conférences et les ateliers que j’organise lors des fêtes de la Nature ou de la Science, ou encore mes diverses expos.

Concrètement, cette fourmilière doit posséder une zone de récolte horizontale et une zone de vie verticale en deux parties (sèche en haut et humide en bas). Il faudra donc prévoir un réservoir et un tube d’alimentation pour la partie humide.

Le petit schéma qui va bien :

messor_blognature_201_bis

TECHNIQUE

Pour ma part je n’utilise pour tous mes nids que du plâtre ! Je n’ai jamais été convaincu par toutes les autres techniques (mortier, béton cellulaire, plexiglas…). Toutes ont des avantages certains mais aussi de gros inconvénients. Bref, le plâtre est la matière qui présente pour moi tous les avantages : peu onéreuse, facile à mouler et sculpter, résistante et conduisant bien l’humidité. Ce n’est pas pour rien si les laboratoires de recherche utilisent du plâtre…

Oui, les spécialistes diront que le plâtre pourra être creusé par les messors. En vérité elles ne chercheront à faire ça que si elles sont à l’étroit ou si le nid ne leur convient pas vraiment. Au pire, si elles creusent « trop », ça sera l’occasion de fabriquer un nouveau nid ! Mais, d’expérience, ça me laisse au moins 2 ou 3 ans tranquille…

Et pour le modelage : du polystyrène sculpté au cutter, de la simple patte à modeler pour les loges les plus grossières et couteau, petite cuillère et tournevis pour ensuite faire les finitions de sculpture (dont les tunnels).

Quant au contenant pour ce projet, j’ai choisi un petit aquarium de 20 L (40 x 25 x 20 cm) en verre que l’on peut trouver pour 10-15 € en jardinerie. Il fera parfaitement l’affaire !

Attention : dans un nid vertical il faut bien anticiper la forme des loges qui doit garantir une observation facile des fourmis en tout points du nid, car c’est quand même le but de départ ! Donc ici il faut que les plafonds des différentes loges présentent une pente laissant voir le sol qui lui doit être bien plat, cf. le schéma.

CONSTRUCTION PAR ÉTAPES…

La plus grande difficulté pour la construction de cette fourmilière a été le coulage en 4 étapes.

1/ Zone humide du bas

La première étape c’est le coulage de la partie humide au fond de la fourmilière. On commence par dessiner le nid sur la vitre puis on préforme les loges avec de la patte à modeler puis on prépare un volume limité par du polystyrène pour contenir le plâtre.

Ensuite on démoule ce premier étage et on l’affine un peu. On y creuse notamment les tunnels reliant les loges.

2/ Zone sèche du haut

Après avoir remis en place la zone basse, je place un film plastique sur cette partie (découpé dans une pochette plastique). Ce film empêchera l’humidité du bas de se transférer par capillarité au plâtre de la zone sèche du haut.

Ensuite, on recommence le même protocole pour couler la partie haute : dessin + modelage + limites et maintient en polystyrène + plâtre…

A nouveau, on démoule et on affine en enlevant les coulures disgracieuses et en creusant les tunnels.

3/ Le réservoir et l’aire de récolte

Je passe les détails car c’est toujours le même principe : un moulage puis du plâtre. Le but est bien entendu de connecter le réservoir à la partie basse qui sera humide, donc le réservoir est directement moulé à son contact. À ce réservoir on n’oublie pas de joindre un petit bout de tuyau pour sa future alimentation en eau. Ce tuyau sera accessible au travers de l’aire de récolte supérieure.

Je positionne des supports en polystyrène qui viennent épouser les zones déjà coulées et qui retiendront le plâtre constituant l’aire de récolte.

Attention, cette dernière étape implique que le reste du nid soit définitivement terminé car il n’y a plus de démontage possible une fois l’aire de récolte coulée !

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Et voilà le nid fini :

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On le laisse sécher une bonne quinzaine de jour.

INSTALLATION DES FOURMIS

Pour inciter mes messors en tube à se déplacer dans la fourmilière j’ai utilisé la technique décrite dans cet article, c’est à dire rendre plus désagréable le nid actuel en comparaison avec le nid futur.

Cela va faire bientôt deux ans maintenant que les messors sont installées dans ce nid « 3D », et elles se plaisent si je considère l’évolution impressionnante de l’effectif.

Voici quelques photos…

 

Et le rendu final lors d’un atelier/expo…

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12 Comments
    • Non, jamais. Cependant mes fourmilières se trouvent dans un atelier qui subit largement les variations de la température extérieure. Mais c’est une bonne idée de chauffer, au moins en partie, le nid.

      • C’est que je veux mettre des Messor minor dedans. Il faut absolument que je la chauffe. Probablement avec un tapis chauffant éloigné du réservoir d’eau.

  1. ou alors je n’ai pas compris ^^

    Le plâtre est « conducteur » de l’humidité » ?
    Comment marche la zone d’humidification ?

  2. Bonjour, je me lance dans la construction de la fourmilière pour les élèves de CM.
    J’ai bien compris toutes les étapes mais je ne visualise pas comment réaliser l’aire de récolte.
    Pouvez vous m’éclairer ?
    D’avance merci

    • En fait, une fois la « façade » terminée. J’ai simplement déposé une plaque de polystyrène sur l’ensemble puis j’ai coulé par dessus du plâtre. Il suffit de faire attention à ne pas boucher la sortie du nid (un morceau de pâte à modeler est idéal pour ça). Cette étape est de loin la plus simple donc elle ne devrait pas vous poser de problème.

  3. Question bête , peut-on créer une fourmilière avec de la terre ?

    Je veux partir du même shémas et de la même espèce mais au lieux d’utiliser du plâtre, utilisez de la terre ou du terro .

    Si oui , vont elles construire seuls leurs galeries ?

    Comment séparé la zone secs de la zone humide sachant que la terre absorbe vite l’humidité ? (J’avais idée de créé un réservoir en plâtre comme vous avec un cube de 3 a 5 cm relier directement a la terre pour humidifier un point précis en espérant qu’elle laisse l’autre  partie au secs . )

    Et dernière question en rapport avec la terre , j’ai peur des éboulements, que me fourmis meurt , malgré que se sois des tacticiennes de génie.

    • La fourmilière la plus naturelle est en terre (pour les espèces terricoles). Mais c’est alors quasi-impossible de les observer car elles vont naturellement construire leur galeries à l’abri des regards ! J’ai essayé une fois entre deux vitres séparées de seulement 5 mm. Les fourmis parvenaient quand même à se cacher.
      Donc si l’observation n’est pas votre priorité : ok !
      L’idée de réservoir en plâtre est bonne.
      Les fourmis sont des génies par nature, oui. Aucun risque !

  4. Pingback: Fabrication d'une fourmilière pour fourmis moissonneuses version 2 - BlogNature.fr

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