Faire un élevage de fourmis – Partie 2 / 2

Suite du Petit guide vulgarisé pour débutant en élevage de fourmis.

Avant de lire cet article, vérifiez que vous avez réussi toutes les étapes précédentes de la partie 1 

# 6 Construire un nid / une fourmilière

Ça y est ! A force de patience vous avez réussi à obtenir une belle colonie de fourmis en partant d’une seule reine ramassée un soir d’orage ? Bravo ! Si le tube d’élevage de la reine ne suffit plus pour héberger vos nombreuses ouvrières il est temps de construire votre première fourmilière.

Note : là encore quand on est débutant, on veut construire la fourmilière la plus originale, sympa, technologique et j’en passe… Je suis moi-même passé par là et avec le temps (10 ans quand même !) on se rend compte que les idées les plus simples sont les meilleures.

Après avoir testé de nombreux styles de nids artificiels pour fourmis je ne retiendrai et ne conseillerai que le nid de type laboratoire « tout en en un » tel que présenté dans « LE » livre référence : « Voyage chez les fourmis » dont je recommande vivement la lecture passionnante et très accessible.

Ce type de nid est très pratique, efficace et pas cher : en bref, la fourmilière idéale ! Dans la nature, dès qu’on soulève une pierre plate baignée de soleil on y trouve à tous les coup des fourmis : c’est ce que reproduit ce type de fourmilière artificielle. Vous avez seulement besoins de tube(s), coton, boite(s) en plastique, petite vitre et plâtre.

 

Voilà ma version simplifiée :

Attention : super astuce ! Il ne faut jamais « touiller » le plâtre pour gagner du temps ! On le saupoudre dans l’eau et on laisse « mouiller » 5 minutes (voir les indications sur la paquet) sans quoi on obtient des grumeaux, des bulles d’air et un plâtre qui prend très vite !
  • Choisissez un récipient en plastique (une petite boite de rangement rectangulaire est parfaite).
  • Récupérez une petite vitre (issue par exemple d’un cadre à photo) ou faites en découper une chez une entreprise de verre pour quelques euros. La vitre doit couvrir la moitié de la surface de la boite moins une marge de 2-3 cm tout le tour.
  • Gâchez du plâtre et versez-le dans le récipient. Evitez les bulles d’air.
  • Déposez ensuite votre vitre sur le plâtre dans le récipient et laissez prendre (note : ajouter une languette de scotch sur la vitre est très pratique pour la manipuler). Pensez aussi à ajouter quelque chose pour supporter l’abreuvoir (ici deux cailloux).
  • Après la prise et sans trop attendre (lorsque le plâtre est « chaud »), libérez la vitre du plâtre en creusant un sillon tout le tour de celle-ci, supprimez les coulures éventuelles et creusez le nid. Le dos d’une petite cuillère est un pinceau sont des outils parfaits !
  • Rincez votre nid à l’eau et laissez-le sécher quelques jours.
  • Ajoutez du talc sur les parois du récipient (en tamponnant avec un morceau de coton).
  • Ouvrez votre tube contenant votre colonie de fourmis et déposez-le à côté de l’entrée de leur nouvelle fourmilière. Les fourmis ne tarderont pas à déménager. Et elles y resteront des années si elles ont à boire et à manger (25 ans pour une fourmilière de laboratoire !)


Astuce : Si vous disposez d’une petite lampe au dessus d’un des coins de la vitre, pour la chauffer un peu, les fourmis déménagerons rapidement pour s’installer au chaud. Chauffer le nid n’est ensuite pas du tout utile.

Attention : le nid ne doit pas faire plus de 5-7 mm de profondeur sans quoi les fourmis auront trop d’espace et ne s’y sentiront pas en sécurité. Plus vos fourmis sont petites, plus votre nid doit être mince !

Conservez la fourmilière dans un endroit calme et tiède toute l’année sauf l’hiver : préférez alors un endroit plus frais (hors gel) car le repos hivernal est important pour la plupart des espèces sous climat tempéré afin de garantir la longévité de la reine.

On peut réaliser une version « améliorée » avec un nid séparé de l’aire de récolte mais relié à celle-ci par un tuyau : suivez les même étapes mais votre vitre peut couvrir l’ensemble de la boite (en gardant tout de même une marge tout le tour). Avant de couler le plâtre, percez un petit trou sur un côté de la boite pour faire passer un petit tuyau de 5 mm de diamètre (pompes à air). Il servira d’entrée. Celui-ci doit donc passer dans le plâtre et apparaitre sous la vitre.

Dans une seconde boite qui sera l’aire de récolte et que vous percerez également pour y faire entrer le tuyau, coulez seulement du plâtre pour faire un sol (vous pouvez aussi ajouter des accessoires : porte-abreuvoir, petits bouts de bois, cailloux, etc…).

Enfin, on peut aussi construire un nid sans le couler dans une boite : il faut alors fabriquer un cadre un peu plus grand que la vitre (en carton, en bois ou en polystyrène…) et suivre la même procédure mais c’est un peu plus technique et plus fragile.

Un intérêt de la séparation aire de récolte / nid est de pouvoir faire plusieurs aires différentes par exemple et cela facilite également le nettoyage.

# Pourquoi choisir le nid ultra-simple ?

La plupart des espèces « classiques » de fourmis pourront y être élevées et surtout les « Crématogaster » ou fourmis acrobates, mes préférées et les plus faciles.

Il faudra quand même ne pas oublier de laisser un abreuvoir dans l’aire de récolte (un tube contenant de l’eau et bouché par une boule de coton).

Le nid « tout en un » est simple à déplacer et à nettoyer.

D’une manière générale, tout ce qui nuit à l’observation dans une fourmilière artificielle n’a pas d’intérêt donc il faut éviter tout ce qui est tube, galerie, cachette, etc.

Dans la même idée, même si les nids verticaux sont séduisants, ils ne permettent pas d’observer facilement les fourmis (j’ai testé !).

Comme dit plus haut, en construisant une fourmilière telle que celle présentée ici, vous reproduirez tout simplement ce qui se passe sous une pierre plate dans la nature. Et que trouve-t-on souvent sous une pierre plate ensoleillée ?

# La preuve en image…

Ci-dessous, voici la preuve en image que ce type de nid tout simple fonctionne à merveille !

Car on trouve beaucoup d’idées plus ou moins loufoques sur internet, avec des courageux qui ont soif de reconnaissance et qui construisent des chefs-d’œuvre d’architecture bien souvent vides de fourmis car hélas finalement pas adaptés à l’essentiel : la vie des fourmis !

 

 


Pour conclure, bien entendu l’ensemble des explications données ici concernant la biologie des fourmis n’est qu’une version très simplifiée de l’immense richesse de comportements observables chez les fourmis. L’objectif est de fournir une base théorique générale et un type de nid facile à réaliser et compatible avec l’élevage de nombreuses espèces.
Référence : Voyage chez les fourmis – une exploration scientifique B Hölldobler et Edward O. Wilson, Seuil, 1996.

21 Comments
  1. Salut, concernant les Crematogaster scrutellaris, combien peut-il y avoir d’individus ?

    et continue comme ça ! Très bon site. Mais je te conseille les Temnothorax nylanderi. a+

  2. Déjà bravo pour ce blog très instructif et en plus rempli sur ce que doit avoir une reine pour se développer et faire sa colonie.
    J’aimerais avoir une colonie donc maintenant je dois trouver une gyne. Donc j’ai 2 petites questions 🙂 :
    J’ai remarqué il y a environ 3 jours, que plusieurs princesses étaient sorties d’un grand nid de fourmi que j’ai chez moi.
    – Crois-tu donc que d’ici quelques jours je pourrais peut être tomber sur une reine dés-ailée ?
    – Si je trouve une gyne disons demain, combien de temps approximativement penses-tu qu’elle mettra à faire ses premiers œufs ?

    • @jordanzerg : Merci, Il y a longtemps que je ne les ai pas compté, mais je pense qu’on arrive facilement à 3000-5000 crémato en captivité. 🙂

      @PandArtiste : Observer des princesses à proximité d’un nid indique que l’essaimage est proche au juste passé. Donc oui, il va potentiellement y avoir des reine dans les environs bientôt (ou alors elles y étaient il n’y a pas longtemps). Il faut ouvrir l’œil. Personnellement j’ai déjà trouvé 2/3 reines que j’ai relâché aussitôt.

      Ensuite, selon les espèce, soit elles pondent tout de suite (Lasius pondent très vite), soit il faut attendre a fin d’automne (Crématogaster) voire le printemps suivant (Messor dans mon cas)… C’est très variable.

      A mon avis, les essaimages de printemps donnent lieu à des pontes courant été, et les autres plus tard.

  3. Aujourd’hui il a plu chez moi donc je voudrais profiter de l’occasion pour trouver une gyne. Où chercher exactement en sachant que j’ai un jardin sans piscine ? Et que je ne vais pas sortir de chez moi pour allez sur un parking.

    • Une pluie ne signifia pas forcément qui il y a des fourmis volantes. Surtout que nous somme encore un peu tôt dans la saison. Trouver des gynes dans son jardin est d’autant plus difficile qu’il est touffu. C’est pour ça que l’astuce consiste à surveiller des endroits « dégagés » : Les piscines et parkings sont très pratiques mais ça fonctionne aussi en surveillant les terrasses, balcons, allées, chemins et même les capots des voitures…

  4. Bel article, bien écrit et très clair.
    Par contre, je pense que les ADC devraient être plus grandes : mes fourmis lasius, avec une vingtaine d’individus, parcourent bien plus que la boite de coton que j’ai mise à leur disposition (mais mal fermée -_-).

    • En effet les aires de récolte ne sont jamais assez grandes en captivité ! Mais souvent la limite vient du contenant que l’on a sous la main ou de la place que l’on peut ou veut bien y consacrer.

  5. Bonjour,
    Je débute une colonie de Messor et ai trouvé ce blog très bien fait! J’ai d’ailleurs construit une fourmilière en plâtre en suivant scrupuleusement vos indications. Elle est superbe! Petite question cependant : j’ai lu à plusieurs endroits qu’il fallait maintenir un bon taux d’humidification de la fourmilière. Or, je ne vois aucun « réservoir » ou autre installation pour l’humidification de la votre. Comme humidifier la fourmilière que vous présentez ?

    • C’est une question très importante ! Je me suis essentiellement orienté vers l’élevage d’espèces xérophiles (dont font partie les Crématogaster) car il n’y a pas besoin d’humidifier le nid. La plupart des autres espèces de fourmis dont les Messors ont besoin d’un nid humide.
      C’est en réalité encore plus complexe avec les Messors qui ont besoin d’un nid avec une partie très sèche pour y stocker leurs graines et une autre assez humide pour la reine et le couvain.
      Dans la nature elles creusent des nids très profonds qui offrent ces 2 conditions entre la surface et le fond.
      Il y a un an, j’ai construis un nid qui en plâtre qui simule ça également, mais c’est assez complexe à réaliser.
      Cependant, sur un forum dédié aux Messors (sur le Web) j’ai vu qu’il peut suffire de prévoir un sorte de petit puits (de la taille d’une tasse à café) dans le coin d’un nid en plâtre. Ensuite, on rempli ce « trou » d’eau de temps en temps et ça peu suffire pour humidifier une partie du nid par diffusion.
      Dans le cas de ma fourmilière à Messors, j’ai utilisé un film en plastique pour séparer le plâtre sec du plâtre humide. J’espère trouver le temps de publier un article sur cette fourmilière très vite.

  6. Bonjour,
    Je voudrais savoir, comment on transvase les fourmis du tube de la reine a la bassine avec le plâtre . Je demande car j’ai peur de les chambouler si je vide directement le tube dans la bassine.
    Merci

    • Bonjour,

      Vous pouvez utiliser la méthode « brute » c’est à dire vider le tube dans l’air de récolte (ce que vous appelez « bassine »). Si les fourmis n’ont pas d’autre choix que de s’installer dans la nouvelle fourmilière, elles le feront.
      Cependant, dans cet autre article :faire-demenager-des-colonies-de-fourmis, je présente une technique plus « douce » qui a aussi pour avantage de laisser les fourmis se déplacer d’elles-même. Ça permet aussi d’observer la manière dont elles s’organisent pour déménager tout le couvain puis la reine en la « tirant » par les mandibules !

  7. Pingback: Les fourmis du Blognature sur France 2 ! - BlogNature.fr

  8. Merci pour tous ces conseils.
    J’ai fait votre fourmillière modèle mais j’ai lu ailleurs qu’il fallait attendre plusieurs semaines que le plâtre sèche à coeur avant de pouvoir mettre des fourmis dedans et humidifier le plâtre si besoin….
    France

    • C’est vrai que le plâtre nécessite un certain temps de séchage. Si l’espèce considérée ne craint pas l’humidité, pas besoin d’attendre. En revanche si elle est xérophile comme les crématogasters, oui il faut bien faire sécher le nid.

  9. Bonjour,

    Je suis étudiante en biologie et il faudrait que nous montions une colonie de fourmis pour étudier leur comportement.
    Savez-vous en combien de temps une colonie est formée en moyenne ?

    Merci

    • Oui, vous aurez quelques ouvrières au bout d’un an, peut-être une cinquantaine ou bien plus au bout de 2 ans, des milliers ensuite si vous y parvenez. 🙂
      Sur les forums comme « myrmecofourmis.com », vous pouvez vous procurer des colonies en expliquant vos motivations.

  10. Pingback: Fabrication d'une fourmilière pour fourmis moissonneuses version 2 - BlogNature.fr

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