Planter des arbres pour compenser son empreinte carbone…

Résumé : Planter des arbres est une bonne idée, simple et peu onéreuse, pour compenser nos émissions de carbone. C’est une seconde approche pour lutter contre le réchauffement climatique, la première étant de réduire les pollutions à la source. Cependant, les services rendus par les arbres vont bien au-delà du simple piège à carbone ! Mais toutes les plantations ne se valent pas et planter des arbres ne veut pas dire créer une forêt. De plus, il ne faut pas taire ni oublier la grande diversité des pollutions et dégradations liées aux activités humaines. Chacun d’entre nous doit œuvrer à réduire son emprunte globale avant de chercher à la compenser. Cela commence par changer des petites choses et en parler autour de soi. C’est comme ça qu’on arrive à plusieurs millions de manifestants qui marchent pour le climat dans le monde entier ! Enfin, laissons faire les processus naturels dont nous commençons seulement à mesurer la formidable puissance de reconstruction. Acceptons de ne plus interférer.

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Changement climatique : une liste d’arbres à planter.

Compenser : un concept à la mode

Voilà un concept très à la mode, on entend partout que l’on peut (voire qu’il faut) planter des arbres pour lutter contre le réchauffement climatique. Se battre contre le changement global est plus qu’urgent car depuis 10 ans, chaque nouvelle année ou presque bat les records de température et de nombre de catastrophes naturelles des années précédentes. Voici quelques liens pour faire le point sur la situation :

De grandes entreprises (constructeurs automobiles, compagnies aériennes, groupes pétroliers, industries du textile, des cosmétiques…) investissent actuellement dans la plantation d’arbres et promettent ainsi la prochaine neutralité carbone de leurs activités, ou en tout cas une diminution de leur impact sur l’environnement. L’Australie, la Chine, l’Inde, plantent déjà des centaines de millions d’arbres !
Le ministère de l’agriculture Français a même annoncé le 16 décembre un projet de reboisement de la France avec 50 millions d’arbres pour lutter contre le réchauffement climatique.

Si on possède un petit morceau de terrain c’est assez simple et peu onéreux voire gratuit de planter des arbres. Même si on n’a pas la chance de posséder assez d’espace, on trouve sur le Web de nombreuses associations : EcoTree, Reforest’Action, Cœur de Forêt, a Tree for You… qui proposent de participer à la reforestation, partout dans le monde. En France par exemple, l’association « La Haie Donneurs » œuvre à recréer des haies, protectrice et nourricières. Ces mêmes haies que le remembrement des années 70-80 a détruit par souci d’efficacité. Encore plus simplement, il existe un moteur de recherche Internet – Ecosia – qui transforme directement les requêtes en arbres plantés. D’après leur site, cette entreprise Allemande a même dépassé la neutralité et possède maintenant un bilan carbone négatif. Attention cependant à la mode qui consiste à « planter des arbres en un clic, sans bouger de son canapé » ! Ca permet d’avoir bonne conscience tout en regardant 100 h de séries en streaming.

Consommer toujours plus en pensant qu’il suffit de planter des arbres, c’est très dangereux, c’est comme attiser le feu sous sa maison tout en achetant de plus en plus d’extincteurs… Dans l’actualité toute récente, le patron de Tesla vient de proposer 100 millions de dollars à qui trouvera la solution au problème du réchauffement climatique. Bien entendu, il ne s’agit pas de réduire la consommation ou les pollutions mais d’inventer une sorte de super déo pour la planète ! En réalité, le réchauffement climatique n’est pas le problème, il est simplement la conséquence du modèle de société libéral et capitaliste dont Tesla est un pur produit. Mais cette marque n’est pas seule, c’est navrant. Les grandes fortunes du monde voient maintenant le carbone comme une « ressource » à vendre. Ces patrons investissent dans la captation du carbone pour en faire un carburant à vendre, en verdissant au passage leur image. Car, en jouant sur les mots, ils cherchent la solution au réchauffement climatique. En réalité, pas du tout. Dans nos modèles libéraux, à partir du moment où on considéra le CO2 comme un produit commercial, on aura aucun intérêt à ce que le monde en produise moins, au contraire. Il faudra de plus en plus de carbone dans l’air pour en extraire toujours plus, comme le pétrole. Et les technologies de fixation vont fatalement consommer de l’énergie. Quelle énergie ? Ira-t-on jusqu’à bruler du charbon pour produire du charbon ?

Planter des arbres pour compenser le carbone que nous émettons, oui, mais attention ! Planter des arbres ça ne suffit pas et surtout il ne faut pas le faire n’importe comment ou en cherchant à déguiser des objectifs de rentabilité et/ou de production. Il faut aussi retenir que l’impact de chacun d’entre nous sur la planète ne se limite pas du tout à l’émission de CO2, nous émettons beaucoup d’autres gaz et produits toxiques, nous consommons de nombreuses ressources non renouvelables que nous ne recyclons pas, nous détruisons de nombreux habitats naturels, etc.
Donc dans le meilleur des cas, planter des arbres est une modeste contrepartie voire un juste prix minimum à payer pour profiter de notre haut niveau de confort (ne jamais avoir ni soif, ni faim, ni froid, ni besoin de produire notre nourriture, etc…), et seulement si cela est fait dans le seul et unique objectif de renaturation.
Le dernier rapport du GIEC ne fait pas de détour, si on veut s’en sortir, il faut réduire drastiquement nos émissions de CO2 (-75 % d’ici 2050), ce fameux gaz à effet de serre. Planter des arbres apparait donc comme une partie de la solution.

Pourquoi planter des arbres permet d’absorber du CO2 ?

Des millions d’années d’évolution ont permis au vivant d’inventer cette réaction proprement magique qu’est la photosynthèse. C’est-à-dire produire de la matière vivante (des sucres = matière organique) à partir des éléments parmi les plus abondants et les plus simples présents dans l’environnement : de l’eau, du gaz carbonique (CO2) et de la lumière ! C’est tout. (Au passage, un déchet de la réaction de photosynthèse se trouve être aussi un élément clef de la vie sur Terre : l’oxygène !).

photosynthèse
Utiliser les éléments les plus simples et abondants comme source de nourriture et d’énergie,
on ne pouvait pas inventer mieux comme idée pour vivre et se développer sur Terre !

Ainsi, les végétaux terrestres représentent le 2ème puits à carbone, juste derrière les océans, qui hélas sont aussi gravement impactés par la hausse de CO2 atmosphérique (acidification) et le réchauffement global.
Aujourd’hui, malgré toute notre science et nos technologies, nous autres humains n’avons toujours pas réussi à recréer complétement la réaction de photosynthèse pour la maîtriser. Cette grande étape dans notre évolution de mammifères complexes arrivera probablement bientôt ou en tout cas au cours de ce siècle, mais peut-être trop tard. Plusieurs expérimentations menées par des chercheurs internationaux sont en bonne voie de réussir la construction d’un premier système photosynthétique artificiel, c’est-à-dire de réussir enfin la production d’un carburant totalement « vert » à partir d’eau, de lumière et de CO2 comme le font les plantes vertes.
En attendant, pour développer nos sociétés nous avons jusqu’ici préféré la facilité : brûler des combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz) en émettant toujours plus de carbone (CO2) chaque année. Des ingénieurs l’avaient prédit dès 1970-80 mais nous l’avons quand même fait : injecter des milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère conduit inévitablement à un réchauffement planétaire.

Les arbres, comme tous les organismes photosynthétiques, construisent donc leur matière à partir d’eau, de CO2 et de lumière. Au final, 50 % du bois c’est du carbone. Donc un arbre adulte de 60 ans, qui pèserait par exemple 20 tonnes, contiendrait 10 tonnes de carbone pur prélevé dans l’environnement. Pour comparer, un français émet en moyenne 4 tonnes de CO2 par an donc en une vie (80 ans) il émettrait 320 tonnes de CO2.
Voilà pourquoi il est facile d’imaginer les arbres en train d’absorber le carbone que nos sociétés émettent. Et il est tout aussi simple d’imaginer que plus on plante d’arbres, plus de CO2 est stocké, et on diminue d’autant l’effet de serre associé.

Les autres vertus des arbres

C’est peut-être symptomatique de notre époque qui méprise souvent le vivant et l’environnement de manière générale : l’idée « arbre = aspirateur à CO2 » est très réductrice. Elle reflète hélas cette mode à croire qu’on maitrise les choses, qu’on a tout compris… Cela ferait même passer les arbres pour de vulgaires poubelles sur racines qui sont là pour absorber nos saletés et nous donner bonne conscience.

Allez hop, j’ai planté un arbre, je réserve mon billet d’avion pour Hawaï.

Planter des arbres, si cela est fait d’une manière naturelle et avec un objectif de renaturation, permet de faire bien plus que de compenser nos déchets !
On oublie souvent que les arbres sont des organismes vivants, possédant exactement le même ADN que nous et pour la plupart les mêmes structures cellulaires que nous ! On découvre seulement ces dernières années que les plantes, les arbres, communiquent entre eux et avec des animaux, ont de la mémoire, s’échangent de la nourriture, aident leurs jeunes et leur vieux, etc…

Ouvrages de référence sur l'intelligence des plantes.
Ouvrages de référence sur l’intelligence des plantes : L’Intelligence des plantes de S. Mancuso et A. Viola, La vie secrète des arbres de P. Wohlleben, l’Eloge de la plante de F. Hallé.

En très peu temps (quelques siècles au mieux), l’homme a transformé 54 % des terres de la planète. Le reste étant essentiellement de la montagne, des zones très froides (toundra) ou très chaudes (déserts), autant dire que grosso-modo, tout ce qui est exploitable ou presque est exploité. Je ne vais pas lister tous les dégâts collatéraux mais pour nos cités et nos cultures nous avons souvent retiré les forêts, les zones humides (64 % ont disparu en un siècle) et au passage gravement érodé la biodiversité dont nous réalisons trop tard que nous en dépendons : entre 1970 et 2014, soit 44 ans, nous avons perdu 68 % (moy mondiale en nombre) des animaux vertébrés et 89 % dans les tropiques.

indice planète vivante

Replanter des forêts naturelles, bien au-delà de capter du CO2, permet de recréer des habitats, de redonner vie au sol. Cela permet d’obtenir des services écosystémiques : dépollution de l’air, dépollution de l’eau, fixation des sols, protection contre les tempêtes, refuges naturels pour d’innombrables formes de vie (bactéries, champignons, invertébrés, vertébrés) dont beaucoup (on le découvre aussi) sont des auxiliaires très utiles pour notre agriculture. C’est-à-dire que leur présence limite les ravageurs et les maladies qu’ils véhiculent.
Enfin, planter un arbre est une activité très saine, stimulante et satisfaisante. Le voir ensuite pousser, se développer année après année peut devenir une source de petits bonheurs simples renouvelés. Et les arbres que nous plantons maintenant sont des cadeaux pour les génération à suivre…

Combien faut-il planter d’arbre par personne ?

Naturellement, on ne peut obtenir qu’une vague estimation du nombre d’arbres à planter pour compenser l’empreinte carbone d’une personne car tout ça est très théorique. Les variables sont très nombreuses :
1/ du côté des arbres il y a les espèces considérées (taille, forme, vitesse de croissance, physiologie), le climat, le sol, la densité de plantation, etc.,
2/ et côté humain il y a essentiellement le niveau de confort et de consommation liés au pays dans lequel on vit. Ainsi, en moyenne, un américain pollue 4 fois plus qu’un français qui pollue 10 fois plus qu’un ivoirien.
En grosse fourchette, à l’échelle planétaire, il faudrait que chacun d’entre nous plante 150 à 160 arbres, soit plus de 1200 milliards d’arbres en tout pour compenser durablement les émissions de CO2 liées à l’activité humaine. La bonne nouvelle c’est qu’il s’avère que c’est tout à fait possible.
Pour la France et son niveau de pollution, ceux qui se sont amusés à faire des calculs arrivent sur un total de 360 arbres à planter par français. Là aussi, bien entendu, c’est impossible à vérifier. Que ce soit la valeur admise pour la France (4 tonnes de CO2 émises par habitant par an) ou la capacité des arbres à fixer le carbone (35 à 40 Kg par an), les données sont estimées et sources de débats.

planter arbres carbone

Une bonne stratégie peut-être est de retenir la fourchette basse comme grand minimum : il faut se débrouiller pour planter au moins 100 arbres dans sa vie pour commencer d’approcher un début de compensation en CO2.
Un rapport de 2020 recommande au gouvernement français de planter un arbre par habitant pendant 30 ans pour lutter à la fois contre le dépérissement des forêts observé actuellement (ex : dans les Vosges) et le réchauffement climatique. Cela nécessiterait 1,4 million d’hectares à planter (pour un coût estimé à 300 millions d’euros par an), c’est à dire à peu près la surface de l’Ile de France. Ceci est à comparer avec les 16,8 millions d’ha de forêt déjà présents. A savoir aussi que les forêts françaises ont déjà progressées de 90 000 ha par an ces 30 dernières années (croissance moyenne de 0,7 % par an).

D’après des données récentes produites par la Nasa depuis l’espace, la Nature travaille déjà très efficacement pour nous. En effet, il apparait qu’à chaque belle saison dans l’hémisphère nord, une immense partie des émissions humaines en carbone est absorbée par les plantes et les océans. Mais cela ne suffit pas, hélas. Un peu de CO2 s’accumule donc dans l’atmosphère année après année. On voit cependant tout l’intérêt que nous avons à protéger l’environnement, les océans et à reconstruire des forêts naturelles.

Evolution de la concentration en CO2 à l’échelle du globe sur une année

Quelle place faut-il, quelle méthode de plantation ?

Calculer la place nécessaire pour planter des arbres dépend énormément de la stratégie choisie !

La méthode classique du champ d’arbres

Stop aux champs d’arbres !

En suivant la méthode classique on peut partir sur 10 m² pour un arbre, soit 1000 m² pour 100 arbres. Avec cette règle on obtient 1/3 d’hectare de forêt à planter pour chaque français (à peu près 350 arbres). Malgré toute la bonne volonté qu’on peut y mettre, cette manière de faire n’est pas naturelle car jamais (ou très rarement) un arbre dispose dans la nature de 10 m² pour se développer dès son plus jeune âge. La graine va souvent germer au pieds d’un autre arbre ou dans une haie, apportée par le vent ou les fientes d’animaux. De plus, selon cette méthode, on s’applique souvent à aligner les arbres pour faciliter les éventuels exploitations et entretiens à venir. Or ce n’est pas le but ici. On va aussi souvent ne planter qu’une seule espèce, pour l’exploiter plus tard.
Tous ces aspects font que cette méthode ignore voire méprise totalement l’intérêt des interactions naturelles nécessaires et utiles entre les arbres, les espèces, pour garantir à la fois leur développement naturel et celui d’un écosystème forestier.
Créer un champ d’arbres c’est très différent de créer une forêt.

une plantation n’est pas une forêt

La méthode à forte densité

Petite parenthèse sur la méthode « Miyawaki » du nom de ce botaniste écologue japonais reconnu, spécialiste de la reforestation. Ce scientifique a passé sa carrière à chercher la meilleure méthode pour recréer des forêts naturelles.
En résumé :
1/ il faut avant tout bien connaitre le milieu puis planter des milliers de plants issus de graines récoltées localement.
2/ L’une des clefs est la densité de plantation : 3 à 50 plants par m² installés de manière aléatoire, c’est-à-dire en évitant tout alignement ou équidistance, le plus naturellement possible.
3/ Ensuite, on laisse faire la nature, on laisse les plantes interagir, lutter, communiquer, s’organiser, s’auto-sélectionner. Donc, une autre clef est la non intervention humaine ! Cette méthode a démontré que moins l’homme intervient, mieux la forêt se porte et se développe.
Miyawaki a réussi à recréer en 20-30 ans des forêts naturelles luxuriantes et surtout résilientes, là où beaucoup de méthodes échouent ou nécessitent 50 à 200 ans.
D’après cette méthode, on peut donc planter de 3000 à 50 000 arbres sur 1000 m² ! Et on peut même imaginer installer 30 à 500 plants sur 10 m² et y créer une mini forêt ! Donc au final, ça ouvre énormément les possibilités, à tous les jardins même petits ! D’où par exemple la mode des forêts urbaines. Cette méthode fait déjà des émules un peu partout dans le monde (il y aurait déjà plus de 3000 forêts créées) dont en France par les actions d’associations comme « Les Pionniers » ou « Semeurs de forets« .

Et pour tenter de compenser l’ensemble des émissions en carbone, quelle place faut-il ?

Sur le papier c’est possible de compenser l’ensemble des émissions de carbone aussi bien à l’échelle mondiale qu’en France où il suffirait d’augmenter d’un tiers nos forêts existantes.
En 2019, des chercheurs suisses ont démontré dans une étude via des images satellites planétaires, qu’il était tout à fait possible de reboiser un peu partout sur Terre l’équivalent de la surface des USA (soit presque 1 milliard d’hectares), sans entrer en concurrence avec les mondes agricole ou urbain !
Mais en pratique, c’est compliqué : il faut localiser les terrains, trouver les financements, motiver la politique… et surtout, il faut reproduire des forêts naturelles locales tout en anticipant le changement climatique par un choix intelligent d’espèces. Il ne faut donc pas créer des champs d’arbres mais faire de la renaturation !

Inquiétudes…

Plus d’arbres mais moins de forêt à terme

Plusieurs scientifiques écologues s’inquiètent autour des nombreux projets de plantation d’arbres à grande échelle proposés par plusieurs pays dont la France. Présentés comme de la création de forêt ou du reboisement, le risque est que ce ne soit que de traditionnels champs d’arbres plantés dans un objectif de rentabilité financière à court terme. Pire, si ce genre de stratégie à grande échelle venait à inclure des espèces exotiques, le résultat risquerait d’être plus dangereux que le problème de départ. Une fois de plus, les scientifiques alertent et mettent l’accent sur l’objectif de renaturation : il faut recréer des forêts naturelles, il faut mélanger les espèces sans les aligner et les laisser pousser et interagir, sans intervenir pendant au moins un siècle.

Où trouver des arbres à planter ?

1/ Les méthodes gratuites et libres pour se procurer des arbres : ramasser puis semer des graines, faire des boutures, marcotter. C’est plus ou moins simple selon l’espèce, il faut un peu se documenter, mais ça fonctionne et ça ne prend pas beaucoup de place ! Il est possible de rapidement constituer une petite pépinière en attendant de trouver un endroit pour créer sa forêt !

2/ Prélever des sujets dans la nature ? Cette idée est contre-productive ! C’est tentant mais uniquement si ces plants sont condamnés, sans quoi il vaut bien mieux les laisser en place. Personnellement j’ai réussi à récupérer en ville quelques jeunes chênes germés de l’année avant le passage de la débrousailleuse municipale. Souvent, je récupère aussi des plants de troènes ou autres en désherbant mes allées.

3/ Enfin, il est très facile d’acheter des arbres en jardinerie ou pépinière. On en trouve selon l’espèce et l’âge dans une fourchette de prix allant de 5 à 150 €. A ce moment là il est intéressant de soutenir les petites entreprises locales plutôt que d’enrichir encore les grandes surfaces de jardinage.

Pépinière Morges dans le Puy-de-Dôme

Quelles espèces planter ?

Cherchant moi-même à recréer une petite zone naturelle, démarche que j’expose dans cet article, j’ai construit une liste d’essences issue de mes recherches à découvrir dans cet autre article.

On peut retenir deux idées :
1/ Planter divers ! L’idée fondamentale à retenir pour augmenter les chances de réussite pérenne d’une forêt et de pouvoir bénéficier de ses fonctions : il faut planter le maximum de diversité et laisser faire les choses en intervenant le moins possible ! La notion d’ilot de biodiversité prend tout son sens ! Plus la diversité est grande, plus la forêt obtenue est résiliente.
2/ Planter local ! Inutile d’aller chercher l’espèce magique qui résoudra tous les problèmes. Elle n’existe pas, encore moins chez les espèces exotiques qui peuvent devenir envahissantes ou importer des maladies. Il suffit de choisir parmi la grande diversité d’arbres que l’on trouve sur notre territoire ou dans les proches pays voisins.

De nombreuses études sont menées (Carbofor, QDiv, Climator), notamment en France par l’INRAE ou d’autres organismes, pour prédire et anticiper le climat à venir. Les résultats ne sont pas joyeux. Ce qui est certain c’est que le climat change très vite et que les plantes subissent et vont subir des stress importants (hausse des températures, évolution des précipitations, décalage des saisons, multiplication des phénomènes extrêmes). Il est important d’intégrer ceci dans les stratégies de reforestation, notamment dans le choix des espèces. Le réchauffement est tellement rapide (on peut le représenter par exemple avec une vitesse de déplacement au sol estimée entre 10 et 30 m / jour au sol) qu’il est supérieur à la capacité des plantes (et de beaucoup d’animaux associés) à se déplacer naturellement. Des migrations de plantes et d’animaux sont déjà observées un peu partout dans le monde, aussi bien au Pérou (où les plantes grimpent en altitude à la vitesse de quelques mètres par an) qu’en Auvergne.
Nous sommes à l’origine du bouleversement, plus qu’une bonne idée, c’est notre rôle d’aider les plantes à bouger ! Dans ses expérimentations, l’Office Nationale des Forêt parle de « migration assistée » : Ils déplacent des plantes du sud vers le nord, ou viennent par exemple de planter 5 ha de séquoias en région Centre Val-de-Loire. Malgré ça, nous n’avons aucune garantie que les forêts que l’on plante maintenant seront adaptées au climat dans 20, 30 ou 60 ans.

Réensauvagement, rewilding, renaturation

Il ne faut plus confondre forêt et champ d’arbres. Il est urgent de recréer des forts naturelles !

« Naturel » est un adjectif très important ! Bien souvent lorsque l’homme « reboise », c’est sous forme de grands alignements monospécifiques dans un double objectif de facilité d’entretien et de rentabilité du bois. C’est précisément ce qu’il faut arrêter de faire et ce qui inquiète à l’heure actuelle quand on considère tous les grands projets de reboisements publics ou privés dont se font écho les médias. Beaucoup voient dans les arbres, comme dans la plupart des ressources naturelles, une nécessaire rentabilité pécunière. Pourtant, au travers des services qu’elle peut rendre, sans même l’exploiter, la rentabilité d’une forêt naturelle est immense.
Depuis peu, on commence à chiffrer en milliards de dollars ce qu’on appelle ces « services écosystémiques » rendus par les forêts naturelles : dépollution de l’eau, de l’air, stabilisation des sols, maintien de la biodiversité, lutte contre les maladies…

Une étude de 2019 publiée dans la revue Nature montre que les forêts gérées par l’homme (qu’on regroupe sous l’agroforesterie ou plus largement dans les agrosystèmes ou agroécosystèmes) sont 40 fois moins efficaces pour stocker le carbone que les forêts naturelles ! Autrement-dit, les petits apprenti-sorciers que nous sommes, scientifiques y compris, sont très loin d’être capables de reconstruire la formidable complexité et efficacité des interactions forestières naturelles.

Vers la fin de l’interventionnisme !

En conséquence, des nouveaux mots clefs prennent leurs essors en écologie ces derniers temps : le réensauvagement ou rewilding ou encore la renaturation. L’idée simple mais forte consiste à mettre de côté notre prétention si humaine et à confier la restauration des forêts à elles-mêmes sans aucune intervention. Il est facile de constater à quel point la nature est efficace pour recoloniser des environnements humains abandonnés, en se promenant sur des anciennes exploitations ou des friches urbaines. La non-intervention apparait alors très efficace ! Quelques dizaines d’années seulement peuvent parfois suffire pour effacer les traces humaines. Je vais aussi tenter cette expérience sur l’un de mes terrains nouvellement acquis.

Vigne abandonnée en cours de reconquête par la forêt locale (Sud de la France)

Le concept de réensauvagement est encore difficile à accepter car :
1/ Il est un aveu d’incompétence. Nous avons échoué. Depuis toujours nous domestiquons, gérons, entretenons, pilotons et c’est un peu pour ça que notre environnement se trouve globalement aujourd’hui dans un si triste état. En asservissant la nature et ses ressources, nous la détruisons. De même, beaucoup des travaux scientifiques en écologie visant à protéger/conserver l’environnement ne réussissent pas à contenir le délitement actuel de la diversité. En revanche, il apparait que des résultats marquants viennent de zones laissées à l’abandon. Parce que nous sommes encore loin de pouvoir appréhender toute la complexité formidable des écosystèmes naturels, nous sous-estimons grandement leur capacité à se restaurer sans notre intervention.
2/ Nous avons un problème d’égo. Notre facilité et goût d’humain pour transformer à notre avantage notre environnement, nous a fait développer un égo délétère qui nous emprisonne dans cette idée que « c’est bon, on gère, on va gérer. ». Or, le réensauvagement demande d’accepter et de constater que tout fonctionne mieux à partir du moment où l’humain se retire et n’intervient plus du tout.
Le rewilding est une idée radicale qui essaime déjà un peu partout dans le monde. En France, l’ONF expérimente déjà la pousse libre de parcelles de forêts tout comme quelques parcs naturels. Cela rappelle aussi les concepts d’ilot de biodiversité et d’ilot de sénescence (on laisse volontairement vieillir des portions de forêts, sans intervention).

Une alternative : protéger durablement une forêt naturelle existante !

Toujours dans l’idée de faire du réensauvagement ou de la renaturation, certains commencent à acheter des forêts dans le seul but de les laisser tranquilles durablement. C’est aussi une stratégie qui inspire mes projets actuels.
En France, l’association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) crée ce qu’elle nomme des « Réserves de vie sauvage » en rachetant des terres pour les laisser librement évoluer. Le passage de l’homme y reste bien entendu autorisé mais limité à de la balade. Déjà plus de 1100 ha ont été acquis par cette association au projet innovant.
Dans la même idée ambitieuse, le botaniste français Francis Hallé, connu notamment pour son ouvrage « L’Eloge de la plante », a constitué une association dont le projet est de reconstituer en Europe (en partie en France) une forêt primaire de 70 000 hectares. En bref, une telle forêt doit être laissée tranquille pendant au moins un millénaire pour devenir primaire. C’est le temps nécessaire pour que s’exprime pleinement l’exubérante diversité d’une forêt sauvage. Selon le botaniste, « plus une forêt vieillit, plus la biodiversité augmente ». Il s’agit donc ici d’un projet très ambitieux et complexe à construire car il se projette dans un engagement sur plusieurs siècles, à l’inverse de toutes les politiques actuelles basées sur le court-terme (avec souvent comme seul horizon les prochaines élections).

Pourquoi cela ne suffit pas de planter des arbres ?

Surtout, ne nous voilons pas la face ! Croire qu’il suffit de planter des arbres pour compenser la pollution que chacun d’entre nous génère est une grave erreur. Au mieux, si la forêt pousse et au bout de plusieurs dizaines d’années, les arbres plantés fixeront un peu de carbone. Mais chaque humain vivant dans un pays développé ou en voie de l’être génère bien d’autres nuisances en plus CO2. Nous consommons de nombreuses ressources, nous polluons l’air et l’eau, nous jetons 500 kg de plastique chaque seconde dans la nature, nous gaspillons 30 % de toute la nourriture que nous produisons, etc. Hélas, le CO2 n’est seulement que l’un des moteurs de l’un des gros problèmes urgents qu’est le réchauffement climatique. La biosphère entière se réchauffe.

Chercher à faire absorber (partiellement) nos émissions c’est bien, mais il faut absolument les limiter, agir à la source en limitant nos émissions. Et agir aussi sur les autres formes de dégradation / épuisement de l’environnement. Ensuite, rien n’est définitif. Faire fixer notre C02 par les arbres n’est pas forcément pérenne. Le carbone peut être libéré progressivement lorsque l’arbre meurt, lorsqu’il brûle, etc.
Chacun d’entre nous a la possibilité d’agir par ses choix politiques et par ses actions individuelles aussi simples soient-elle (recyclage, économie d’eau, voiture hydride, participer à des associations de protection de la Nature). Une petite action mène à une autre, en parler autour de soi va créer une émulation, un débat positif menant lui-même à une prise de conscience puis à l’action, etc., jusqu’à choisir une direction politique efficace pour un pays tout entier, puis pour un continent, puis le monde ! Les marches pour le climat de ces dernières années ont été le premier exemple dans l’histoire de l’humanité d’une manifestation consensuelle internationale. Un mouvement est lancé, une prise de conscience existe, c’est un milliard de marcheurs pour le climat qui se sont mobilisés sur tous les continents.

Attention au Greenwashing, le verdissement de façade.

Planter des arbres sans chercher à réduire ses propres émissions ou son niveau de consommation / pollution c’est comme mettre du déodorant sans prendre de douche !

Achetez nos produits sereinement ! Notre compagnie compense toutes ses émissions !

C’est la mode, de nombreuses grandes compagnies (aviation, luxe, chimie…) cherchent en ce moment à verdir leur l’image !
Vous voulez partir en week-end à New York la conscience tranquille ? Choisissez nos avions, notre compagnie plante des arbres ! Mais, pendant ce temps, le carburant des avions n’est toujours pas taxé, consommé en grande quantité, et très polluant (il n’y a pas de pot d’échappement sur les avions). Pourquoi avons-nous le droit de pointer du doigt la filière aéronautique en exemple ? Parce que 90 % des voyages se font pour le loisir (tourisme), parce qu’il y a en permanence (hors période COVID-19 😉) 500 000 personnes dans le ciel à tout instant, ou 5000 avions ! et plus de 30 millions de vol par an. Et surtout, la seule ambition de cette filière est de se développer sans limite : un doublement prévu et souhaité tous les 10 ans. Bien entendu, les autres transports (maritime et routiers) sont aussi extrêmement producteurs de CO2… Alors oui, c’est mieux de planter des arbres que de continuer à croitre et polluer sans rien faire, mais attention au grand danger qu’il y a à dire : « Ne vous inquiétez pas, c’est bon ! On compense ! » Bien sûr que non !

Il faut se méfier de tous ces slogans trompeurs car derrière les promesses vertes, la réalité peut être bien différente. De savants calculs sont faits pour se verdir sans rien changer en terme de pollution, voire à cacher des stratégies encore plus destructrices pour l’environnement.

La stratégie des déserts verts

Un exemple avec l’un des plus grands groupes miniers (Vale) qui se présente depuis peu comme celui qui va reboiser l’Amazonie. Cette entreprise a déjà fièrement replanté 50 000 hectares de forêt. On peut lire qu’elle « cofonde le plus important fond de reboisement au Brésil ». C’est super, où est le problème ? Il s’agit d’une immense monoculture industrielle peuplée uniquement d’eucalyptus, un désert vert ne contenant aucune vie à part les arbres eux-mêmes. En aucun cas c’est une forêt ! Pour cette entreprise, c’est bon, elle compense ses émissions. En réalité, elle pollue toujours autant mais contribue, en plus, à détruire des écosystèmes par ses plantations, tout ça à moindre coût. Car le prix d’un arbre est dérisoire en comparaison des bénéfices générés. D’après les discours, ces plantations sont là pour fixer du carbone. Il sera pourtant relâché rapidement car ces eucalyptus ont pour vocation de produire du très rentable papier. Cet exemple n’est pas isolé hélas, les déserts verts se multiplient partout dans le monde, et notamment en France. Face à ce danger, des scientifiques ont proposé d’exclure les monocultures de tout projet de reforestation et montrent l’intérêt que nous aurions simplement à reconstruire des forêts naturelles pour leur grande efficacité à fixer le carbone (entre autres qualités).

Taxe carbone, crédit carbone, label carbone, du bon et du moins bon.

Le concept en bref : des entreprises polluantes peuvent, sans rien changer au niveau de leurs émissions en carbone et autres pollutions, financer par exemple des équipements qui visent à améliorer le bilan carbone d’exploitations agricoles. C’est une idée basée sur le même principe que celui qui permet de faire financer l’isolation de nos maisons pour 1€. C’est intéressant si cela accompagne une vraie démarche éco-responsable de la part des deux acteurs : orientation vers des produits et matières biosourcées, diminutions des intrants, recyclages…

Mais imaginons la situation suivante :
1/ Un industriel achète du crédit carbone (il paie pour avoir le droit de polluer), et peut donc verdir son image.
2/ Ce crédit carbone est utilisé par une exploitation agricole conventionnelle pour installer des panneaux solaires sur un hangar, elle verdit son image.
Bilan : on produit un peu d’énergie solaire, sans que ni l’industriel ni l’exploitation agricole n’aient changé quoi que ce soit en terme de pratique et de niveau de pollution. Les deux peuvent cependant revendiquer de s’engager pour l’environnement à moindre coût. C’est cynique.

Pour conclure

Ceci-dit, il faut reconnaitre malgré tout que des arbres sont bel et bien plantés (même si planter des arbres ne veut pas dire recréer une forêt) et plus important encore : les mentalités changent en parallèle d’une prise de conscience qui se généralise autour du réchauffement climatique. Donc la situation progresse sans pour le moment réellement s’améliorer comme en témoignent les records de température récents.

En 2020, un astucieux sondage mené par l’ONU auprès de 1,2 million de personnes dans 50 pays montre que les 2/3 des gens considèrent le changement climatique comme une urgence mondiale (80 % en France). Seuls 10 % des sondés pensent que nous en faisons déjà assez…

Il faut bien retenir que nous sommes tous coupables, d’autant plus que nous vivons dans des pays développés. C’est par exemple pour notre propre consommation de colza, d’huile de palme, de bois exotiques, de viande, que les forêts tropicales à l’autre bout du monde sont déboisées à la vitesse d’1ha chaque seconde !
En attendant que les schémas et réflexes politiques changent, peut-être avec les marches pour le climat, en attendant la création d’une taxe verte universelle et proportionnelle, il va falloir réduire nos émissions et planter des arbres !

marche pour le climat, Avignon, 2019
Marche pour le climat, Avignon, 2019.

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