Les erreurs du débutant en élevage de fourmis.

Voilà maintenant une quinzaine d’années que je pratique l’élevage de fourmis. Les nombreux échecs que j’ai subi m’ont permis de prendre un peu de recul et de proposer ici une petite liste des erreurs du myrmécologue débutant.

Je vous recommande avant votre lecture de jeter un œil au guide pour bien débuter l’élevage de fourmis !

# Erreur n°1 : Installer ses fourmis trop vite dans une fourmilière !

C’est pour moi la première erreur que l’on fait lorsqu’on débute l’élevage des fourmis : être impatient et installer une petite colonie dans une grande fourmilière. Non ! surtout pas ! Il faut les laisser dans leur tube d’élevage. Les forums sur internet regorgent de magnifiques fourmilières toutes plus originales et complexes les unes que les autres. Les débutants sont très créatifs ! Mais toutes ces fourmilières ont un point commun : elles sont vides !

Je ne compte plus les fois où j’ai lu : « Mes fourmis se sont installées dans le tuyau qui relie l’aire de récolte au tube, que puis-je faire ?« . C’est typique. Le néophyte sera pressé d’installer ses fourmis dans sa nouvelle, belle et grande fourmilière. Erreur ! Il constate rapidement que les insectes préfèrent alors s’installer dans le petit tuyau qui relie le nid à l’aire de récolte ou que la colonie s’isole dans un coin et que l’effectif stagne. C’est impatience va vous faire perdre encore plus de temps !

Il vaut mieux une petite maison où l’on rit qu’un château où l’on pleure !

Une chose très importante à retenir : les fourmis aiment être à l’étroit pour bien se développer. Dans la nature, elles agrandissent leur fourmilière au fur et à mesure de la croissance de la colonie. Ainsi, leur nid est toujours à la bonne taille. C’est exactement comme chez leurs cousines sociales les abeilles. C’est probablement un ensemble de contraintes qui intervient ici : besoin de sécurité, gestion de l’espace, de la température, de l’humidité et continuité de phéromones… Nous ferions la même chose : quelques personnes installées de force dans une ville immense et déserte, seraient très malheureuses.

Pour l’avoir expérimenté moi-même, une jeune colonie de fourmis que l’on laisse dans un petit tube pendant 1 ou 2 ans se développera beaucoup plus vite qu’une autre installée directement dans une fourmilière. Ci-dessous deux exemples de colonies : la première possède une petite dizaine d’ouvrières seulement. Il faut absolument la laisser tranquille pendant encore un an ou deux dans son tube. La deuxième colonie montre plus d’une centaine d’ouvrières, avec de nombreuses exploratrices toujours présentes dans l’aire de récolte : ok, on peut l’installer dans une fourmilière !

Ensuite, pour les experts 😉 c’est bien aussi d’adapter plus tard la taille de la fourmilière à celle de la colonie… Une astuce consiste à préremplir la fourmilière de sable : les fourmis creuseront et découvriront de nouvelles chambres en fonction de leur besoin d’expansion !

# Erreur n°2 : Croire que ses fourmis sont malades car elles ne mangent pas !

C’est la question que l’on me pose le plus souvent : pourquoi mes fourmis ne mangent-elles pas ? En fait, elles mangent ! Mais il faut bien imaginer la taille que fait un estomac de fourmi, c’est minuscule ! Alors quand votre petite colonie ne compte que 10 ou 20 ouvrières, c’est presque impossible de mesurer ce qu’elles consomment. Cependant, en leur donnant par exemple une microgoutte de miel sur un morceau de papier d’aluminium, vous verrez sûrement que si, elles mangent !

Une petite colonie ne sera pas capable de faire ces choses impressionnantes comme découper un insecte. Patience ! Laissez-leur toute l’année un petit bout de sucre. Et de temps en temps un morceau d’insecte trouvé dans la maison. Une miette de jaune d’œuf ou de jambon, un morceau de pomme conviennent très bien aussi. Il suffit simplement d’y penser au moment des repas. Ou encore des graines de pissenlit pour les Messor. Mais ne laissez pas moisir ou pourrir des « tonnes » de nourriture dans les aires de récolte. Et surtout, n’introduisez jamais d’aliment dans les tubes d’élevage !

# Erreur n°3 : Ma reine ne pond pas ! Impatience et température…

Les histoires de reines qui ne pondent pas, c’est le 2ème thème de questions qu’on me pose le plus. En bref, les fourmis ont le « sang froid », elles sont poïkilothermes : c’est la température de l’environnement qui rythme leur activité. Sous nos climats tempérés elles subissent et ont besoin de la pause fraîche hivernale. On parle de « diapause ». En général, dès que la température se radoucit, la reine se remet à pondre. Le débutant impatient voudra la réchauffer l’hiver : mauvaise idée car on casse son cycle naturel et on raccourcit sa durée de vie. Le débutant voudra lui donner à manger « de force » en introduisant de la nourriture dans le tube : mauvaise idée, il ne faut pas stresser la reine et la nourriture introduite souvent en trop grande quantité va moisir ! Pour observer les comportements les plus remarquables en captivité (recrutement, découpage, transport…), il ne faut les nourrir que de temps en temps et avec de la nourriture fraiche et naturelle (insectes, liquides sucrés, etc…). L’apport de proies fraîches garanti la bonne santé et le développement de la colonie.

Patience ! Laissez votre reine tranquillement dans son tube humide dans le noir au moins une année. Si elle doit pondre elle pondra.

Jeune reine Crematogaster et ses premiers œufs de printemps.

#Erreur n°4 : l’eau.

Les fourmis sont des insectes, donc des animaux : ils boivent ! Comme nous, quelques jours sans une goutte d’eau et c’est la mort assurée !

Certaines espèces comme les Crématogaster sont xérophiles : leur nid doit rester sec tout le temps, elles détestent l’humidité, c’est très pratique pour l’élevage. Mais il leur faut absolument un abreuvoir dans l’aire de chasse. Si vous possédez une espèce qui a besoin d’un nid humide comme les célèbres Lasius par exemple, il faut toujours éviter la déshydratation ! Une semaine sans eau du tout peut détruire une colonie pourtant réputée facile à élever ! Ça c’est une belle erreur de débutant. Dans l’autre sens, trop d’eau gêne les fourmis, favorise le développement de condensation (noyades) et de moisissures (dégradation du nid).

L’abreuvoir le plus simple reste le tube en verre rempli d’eau et bouché par une boule de coton. Je n’utilise que ça depuis toujours. C’est l’indispensable de toutes aires de récolte !

Ouvrières qui boivent à l’abreuvoir

# Erreur n°5 : Acheter ses fourmis sur internet.

C’est typique du débutant impatient et tellement dommage ! En achetant ses fourmis sur internet :

  • On loupe l’essentiel : trouver soi-même ses reines ! C’est pourtant très facile comme je l’explique dans cet article pour bien débuter.
  • On manque l’observation de la 1ère ponte et la manière dont la jeune reine s’occupe de ses œufs.
  • On entretient un commerce illégal sur internet qui en général contribue à dégrader l’environnement.
  • On n’est pas dans l’esprit de la myrmécologie naturaliste mais dans la consommation facile. Pourtant les fourmis ne sont pas des objets de consommation mais bien des animaux et sociaux en plus !

Tentez l’aventure en ouvrant simplement les yeux dans votre jardin une veille ou un lendemain d’orage, vous serez récompensés !

Jeunes Camponotus trouvée par hasard sur un chemin en bord de rivière (avril). Précision : parfois une reine fécondée depuis peu n’a pas encore perdu ses ailes, mais au bout de quelques heures c’est le cas.

# Erreur n°6 : Collectionner les espèces.

Voici une erreur très répandue. Tous les débutants dans l’élevage de fourmis se « cherchent » et peuvent faire l’erreur d’aller vers la collection d’espèces de fourmis et/ou vers la quête d’une espèce exceptionnelle. Le but étant souvent de se faire mousser sur les forums :-). Ceci conduit forcément à l’échec : chaque espèce à ses propres mœurs, son exigence en humidité, sa température d’élevage, sa nourriture et on est rapidement dépassé par toutes ces contraintes. C’est la meilleure façon de faire pour perdre des colonies entières.

Mon conseil : ayez plutôt comme objectif d’obtenir patiemment une belle colonie ! Cela vous permettra d’observer des comportements intéressants. Et comme je le disais plus haut, rares sont ceux qui présentent de grosses fourmilières populeuses sur internet ! Y arriver c’est donc remarquable.

Je vous déconseille aussi les espèces « évoluées » telles que les grosses Formica, les Camponotus, certes impressionnantes par leur taille mais très difficiles à maintenir ! De plus certaines espèces sont protégées. Quant aux tropicales ou exotiques, le risque de les voir mourir est grand et il y aussi un risque d’en faire une espèce invasive. Nous comptons déjà presque 250 espèces en France, le choix est vaste !

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