Un aquarium « low-tech » ouvert, filtré par les plantes !

Intro

Il y a quelques années, j’avais tenté déjà de sortir un peu des sentiers battus de l’aquariophilie. Pour mon aquarium de 450 litres, j’avais préparé moi-même mon substrat et j’avais développé également une recette d’engrais « maison ». Ce bac était très classique, éclairé, chauffé et filtré, en bref très (trop ?) propre ! (lien).

Mon 450L vendu pour cause de déménagement, j’ai fait une pause en aquariophilie pendant 3 ans mais j’ai utilisé ce temps pour me documenter sur les aquariums « low-tech » utilisant peu, voir aucun équipement autre que le bac en verre nu. J’étais curieux de comprendre comment réussir un aquarium équilibré sans avoir recours à tout un tas de systèmes et technologies électriques.

Une autre chose m’intriguait beaucoup : la possibilité de ne pas couvrir l’aquarium voire de pouvoir faire émerger une partie de son contenu (décor et plantes). Cela permet de voire les poissons par le dessus (comme dans une mare) et c’est visuellement très attrayant.

Voici donc, avant de donner plus de détails, une photographie de mon nouvel aquarium ouvert « low-tech » :

aquarium_ouvert_lowtech_blognature_001

Quand on parle d’expertise en aquariophilie, il y a deux visions possibles mais opposées :

1 / Maîtriser tout un accumulât de technologies (filtres, pompes, chauffage, osmoseur, CO2, chimie de l’eau, etc…), à la mode « consommation ».

2 / Penser « Nature » : s’intéresser à ce qui se passe naturellement dans un aquarium (les cycles) et faire en sorte de créer les meilleures conditions pour que cette Nature s’exprime et « gère » d’elle-même !

Un exemple en photo (source):

aquarium ouvert

Un autre bel exemple de bac ouvert réussi (lien)

aquarium_ouvert_3

Ce type d’aquarium sans filtre est également connu sous la « technique Walstad » du nom de la biologiste s’étant intéressé aux aquariums plus naturels, écologiques. Le principe derrière le fonctionnement d’un aquarium sans filtre est assez simple : on laisse faire la nature. Ce sont les plantes (à installer en grand nombre) et les micro-organismes (présents naturellement) qui vont s’occuper de nettoyer l’aquarium et purifier l’eau, comme ils le font dans leur environnement naturel. Ce même principe s’applique aux bassins de jardin, j’en parle dans cet article : lien. On cherche à reconstruire un équilibre entre les producteurs d’azote et les consommateurs.

Pour avoir des idées concrètes de ce qui était réalisable, le réseau social « Pinterest » m’a bien aidé dans mes recherches avec des mots clefs comme « Aqua-terrarium, paludarium, riparium, insularium ou encore Wabi-kusa », lien vers mon tableau. Puis la lecture de nombreux forums et blogs dont « l’aquariophilie simplement » m’ont aidé à concrétiser mon projet.

aquarium ouvert

Un autre exemple sympa (source)

On voit toujours les aquariums comme une boite fermée et parfaitement contrôlée par la technologie. Une alternative est donc possible et c’est ça qui est séduisant !

Au final mon projet d’aquarium a en effet pris la forme d’un simple bac ouvert avec des plantes qui peuvent en sortir. Avant de commencer, il m’a fallu lever trois questions importantes :

Obstacle n°1 : le bac ouvert et l’évaporation d’eau

Tout aquarium (ouvert ou fermé) donne lieu à de l’évaporation en plus ou moins grande quantité. Lorsque l’eau s’évapore, elle est pure, donc elle laisse derrière elle dans le bac les éventuels sels et polluants qui se concentrent alors progressivement. Donc, quand on s’intéresse aux aquariums ouverts on lit partout sur le Net :

– qu’ils évaporent beaucoup. Ca c’est plutôt faux, ou c’est au moins « relatif », car en ce qui me concerne, pour une surface d’1/2 mettre carré je ne fais qu’un complément de 10L par mois. C’est tout.

– qu’il faut compléter avec de l’eau osmosée. Et du coup il faut s’équiper d’un osmoseur qui, en plus de son coût de départ, de sa consommation énorme en eau, de sa consommation en électricité, a une durée de vie limitée. Tout ceci n’apparaît donc pas compatible avec l’idée d’un aquarium low-tech « nature ». C’est même l’idée opposée !

Récupérateur d'eau de pluieEt pourtant, en cherchant bien, on trouve une alternative très simple et peu onéreuse : l’eau de pluie ! L’eau de pluie est pure au départ. Elle peut ensuite récupérer quelques polluants atmosphériques ainsi que quelques saletés sur le toit de la maison, mais ça reste très raisonnable. S’équiper d’un réservoir d’eau de pluie est très simple et possible même avec peu d’espace, pour un faible coût. Dans mon cas, chaque pluie (même rare dans le Sud) me rapporte 300 L d’eau, donc j’ai de quoi faire. Le tout pour moins de 50 €.

Obstacle n°2 : l’éclairage

Le « vrai » aquarium low-tech est une simple cuve posée derrière une fenêtre. C’est exactement comme une marre mais en intérieur. Voici un très bel exemple (source) :

aquarium_naturel

Or, il n’est pas toujours facile de pouvoir installer un aquarium derrière une fenêtre chez soi et bien souvent la quantité de lumière perçue reste une faible proportion de celle qui rayonne dehors. La seule alternative possible est donc d’ajouter une source de lumière artificielle.

C’est d’ailleurs souvent l’une des deux seules entorses (avec une mini-pompe de circulation pour éviter que l’eau ne stagne) faites au concept de « sans technologie ». C’est pour ça d’ailleurs que l’on parle plutôt de « low-tech ».

power_ledHeureusement, pour rester sur le thème « environment-friendly », la technologie LED a beaucoup progressé ces dernières années et des produits très innovants sont maintenant accessibles pour le grand public : les barres ou rampes à LED. Celles-ci sont capables, pour une consommation très nettement inférieure à toutes les autres solutions d’éclairage, de diffuser une quantité importante de lumière (en tout cas suffisante pour les aquariums) et de reproduire assez fidèlement le spectre solaire.  En revanche, leur coût d’achat reste assez élevé. Pour ma part j’ai investi dans une « Power Led » de chez Eheim et pour 34 Watts  j’obtient 230 µmol/m²/sec à la surface du bac ce qui est déjà très lumineux.

Dernier obstacle : la cuve.

L’une des choses qui donne de l’intérêt aux aquariums ouverts est la simplicité de leur design : dans l’idéal un simple bloc de verre sans renforts collés, sans couvercle, rien. Le problème est qu’il n’est pas facile de trouver dans le commerce des cuves sans renfort pouvant contenir un volume d’eau correcte (à partir de 250 L). Ici, je me suis orienté vers une boutique locale spécialisée dans la construction d’aquarium sur mesure (Thalassa Aquarium). Ce n’est pas la solution la moins chère mais c’est un régal de choisir librement ses dimensions et d’avoir ensuite un « pro » qui crée votre bac.

Installation

1/ Installation de la cuve vide sur le meuble (l90cm x p50cm x h55cm, à peu près 250 L), suspension de la barre à LED au plafond et installation de la mini pompe (Eheim) de brassage, qui alimentera les plantes émergées. Une astuce ici pour maintenir le tuyau est de réaliser des anneaux avec des petits colliers de serrage et de les coller avec de la silicone spéciale aquarium, directement sur le verre.

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2/ Collage (silicone) des blocs de pouzzolane (en provenance en direct d’Auvergne !).

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5/ Encrage des racines au sol. Cette fois-ci des points d’encrage sont réalisés avec de petits morceaux de tubes collés à la silicone.

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6/ Ajout de quelques poignées de terreau aquatique en tant que complément minéral.

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7/ Ajout du sable.


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8/ Installation des plantes. Certaines sont maintenues avec du fil de pêche sur des branches.

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9/ Remplissage

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10/ Détail du système d’arrosage des plantes aériennes (répartiteur 16 mm / 5 mm).

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Résultat

Après 1 semaine

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Après 1 mois

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Après 4 mois

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Comparaison 1 semaine /  6 mois après une bonne taille des plantes aériennes.

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Après 9 mois de fonctionnement et un petit complément en « engrais maison » à base de fer et d’oligoéléments. (lien).

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Questions diverses

Quel entretien ?

Changement de 50% de l’eau au bout d’1 mois comme il est conseillé, puis quasi aucun entretien à part des compléments d’eau (10 L d’eau de pluie par mois), le raclage des vitres (astuce : une carte de fidélité en plastique fixée sur un manche balai), la taille des plantes extérieures. Au contraire même, il est conseillé (et je le fais) d’ajouter des feuilles mortes dans le bac. Celles-ci sont rapidement dégradées par les micro-organismes et contribuent ensuite à nourrir les plantes. Et cela donne un côté visuel encore plus naturel.

Quelles plantes utiliser ?

Pour les plantes aquatiques, plutôt que de partir en quête sur les forums, une quête perdue d’avance, pour savoir après de longs débats quelles sont les plantes les plus adaptées à ce type d’aquarium, voici la technique en 2 étapes qui fonctionne :

1/ Installer la plus grande diversité de plantes possibles

2/ Au bout d’un moment, faire le point sur celles qui tiennent et ne garder que celles-là. Et compléter ensuite par les mêmes ou des espèces voisines.

Plantes qui poussent très bien dans mon bac : Anubias, Echinodorus, Cryptochoryne, Vallisneria et Egeria.

Plantes qui réussissent moyennement voir pas du tout : Alternanthera, Nymphoides, Pogostemon, Hydrocotyle.

Pour les plantes en dehors de l’eau, j’ai acheté quelques boutures de plantes d’intérieur (Ficus, Fittonia, Callisia, Nephrolepsis, Capillaire, Phlebodium), complétées par diverses espèces de mousses, petites fougères et hépatiques (Marchantia) trouvées dans la nature.

Comment gérer les algues ?

Je n’ai quasiment aucunes algues, car je rappelle le principe qui est au cœur de ce système, qui est en fait un écosystème : les algues sont en concurrence avec les plantes (aquatiques et en dehors de l’eau) pour se nourrir des formes azotées présentes dans l’eau, provenant essentiellement les déchets émis par les poissons et les débris végétaux. Comme ici on installe volontairement beaucoup de plantes, elles consomment l’azote qui n’est alors plus disponible pour les algues. Il faut juste être vigilant sur l’apparition d’algues les premières semaines et éventuellement diminuer la durée d’éclairage (photopériode), le temps que s’installent bien les plantes.

Équilibre azote plantes aquatiques / algues

Et les animaux ?

La méthode Walstad conseille d’introduire les poissons aussitôt la mise en eau. J’ai attendu une semaine pour ajouter 3 Guppys qui se sont très vite reproduits (à J+2 mois et J+3 mois).

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Maintenant j’ai une quinzaine de poissons (des Guppys, quelques Hasemania nana et quelques Barbus cerises qui se sont également reproduits). J’ai également ajouté des crevettes grises et j’ai beaucoup d’escargots venus naturellement. J’ai noté que l’ajout de Corydoras n’est pas une bonne idée car ils remuent continuellement le fond. Les débris restent alors continuellement en suspension dans l’eau.

A part tous ces « gros » animaux, l’aquarium contient plusieurs autres petites bestioles qui grouillent plus ou moins partout dans l’eau ou à l’extérieur comme ces pucerons spécialistes des lentilles d’eau.

Pucerons sur lentilles d'eau

Autres aspects techniques…

  • Quels contrôle de la qualité de l’eau ? tests pH, nitrites, nitrates : aucun ! Le principe est de laisser faire.
  • CO2 : aucune gestion.
  • Chauffage : aucune gestion.
  • Filtration : aucune. Cependant, pour éviter la « stagnation » et alimenter les plantes extérieures en eau, j’utilise une mini-pompe de circulation qui tourne 15 minutes toutes les 3 heures.
  • Eclairage : ayant une maison très lumineuse, la rampe à LED (Heheim Power Led 34W) est allumée seulement de 17h à 21h. L’aquarium bénéficie des rayons du soleil les matins de printemps et d’automne.

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Quelques détails en photos

Un petit « plus » très intéressant : réussir à faire pousser des hépatiques (marchantia). On ne trouve que peu de chose sur le Net concernant la culture des hépatiques, ces plantes ancestrales peu connues et plates, qui se trouvent à la limite évolutive entre le monde des plantes terrestres et des algues. Je suis assez surpris de voir combien ces plantes étranges se plaisent sur mon bout de pouzzolane et prennent le dessus, petit à petit, sur la mousse.

marchantia_blognature

Quelques autres vues…

En conclusion : une expérience plutôt réussie jusqu’ici !

Toujours pas d’envahissement pas les algues, des poissons qui se reproduisent, et un minimum d’entretien ! Si c’était à refaire j’augmenterais simplement l’espace émergé car cette connexion entre la monde aquatique et le monde « aérien » protubérant est vraiment épatante. Je pense que je ne reviendrai jamais aux aquariums classiques. Une fois qu’on a goûté à ce concept de bac « naturel » on ne peut plus revenir en arrière.

Petite mise à jour 20 mois plus tard : ici !

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